Étape 7 – Mirambel(esp)-Betera(esp)
203km/3300m+/9h05 oui monsieur,

 

11390064_432953650216190_6484120664291268822_nBon, en fait on s’est réunis de nouveau, et on est pas sur pour l’étape d’hier. Au niveau de la difficulté on a peut-être trouvé mieux. Ce Angers-Denia, ça devient n’importe quoi. Il faut savoir que Mirambel c’est très très loin d’ici où on se trouve ce soir. A deux doigts de jeter l’éponge au km 110, des paysages incroyables, des dénivelés de fous, des kilomètres élastiques, du vent, des descentes à donner le vertige, tout pour faire une étape mythique.
Nous avons quitté Mirambel ce matin persuadés de partir pour une longue étape avec un dénivelé conséquent, mais raisonnable. Il était bien conséquent. D’entrée la route s’est inclinée vers le haut, et ce sont des kilomètres de montées sans répit qui ont animé notre matinée. La montagne espagnole de cette région est étonnante, elle est aride mais verte, son relief est torturé, les routes sont belles mais impitoyables. On y retrouve un peu de la Corse, pour ses villages perchés, du Verdon pour ses pentes vertigineuses et du Larzac pour ses cairns et murets de pierres. Quand ça monte, ce n’est pas à moitié, les inclinaisons sont régulièrement au dessus des 10%, ce qui est très significatif en vélo. C’est physiquement très exigeant, engagé, et usant au delà d’un certain kilométrage. Quand ça descend, c’est un peu la récompense, absolument jouissive et tendue. On se retrouve rapidement à des vitesses peu habituelles, et le vélo c’est quand même un métier. Les rampes de lancement sont parfois si raides qu’en quelques secondes on se retrouve aisément à plus de 60 km/h… Cela peu durer des kilomètres et le cycliste devient pilote. Il faut anticiper les aspérités de la route, les virages parfois serrés, les voitures qui n’ont que faire des cyclistes, le freinage, la vitesse. Nous avons navigué aujourd’hui entre l’engagement nécessaire des montées, et le côté ludique et prenant des descentes. Deux faces très différentes du vélo.
La partie très montagneuse de l’étape m’a littéralement usé. Les journées sont longues, l’accumulation commence à peser et la chaleur tire sur l’organisme sans vergogne. La montagne est très sollicitante. Nous en sommes ressortis au km 100 pour attaquer une route bien dégagée avec un très fort vent de face. J’ai explosé en vol. Plus de force, plus d’envie, très loin de l’arrivée, ce qui impacte directement le mental, déshydraté, proche de l’hypoglycémie. Pause ravitaillement en plein soleil, assis par terre, à l’ombre du camion, je me demande bien ce que je fais ici. Le cerveau est un peu brumeux. Par chance, je connais bien ces états physiques et psychiques, ce sont les mêmes en ultra trail. Il faut alors reprendre ses esprits et raisonner autant que faire se peut. Je suis là de mon propre gré, personne ne m’a forcé à me retrouver ici assis par terre, je ne suis ni blessé ni impotent. Il faut donc boire, manger, laisser passer l’orage, repartir, s’accrocher et attendre. Quelques minutes à rouler derrière le camion à l’abri du vent, les premières descentes annonçant le final et puis tout doucement, des sensations qui reviennent, le cerveau qui reprend un peu de lucidité. Les jambes qui reviennent, et puis la force du groupe qui porte et transporte. Je crois avoir terminé cette étape dantesque dans un état presque second. Après 190 km et plus de 3000m de dénivelé avalés, nous finissons tous groupés à rouler à presque 40 km/h sur les 10 derniers kilomètres. L’euphorie grisante de la fin d’étape sans aucun doute, mais aussi la certitude d’avoir réussi ce pari entre France et Espagne.
11425110_432953663549522_4580041336433154250_nDemain nous filerons sur Denia pour aller chercher notre petite récompense. Celle de retrouver les gens pour lesquels nous avons roulé dans la chaleur et dans le vent huit jours durant. Nous avons vécu une semaine humainement et sportivement exceptionnelle. Elle restera gravée dans nos mémoires entre anecdotes et sensations, et n’appartient qu’à nous huit quelque part. Néanmoins cette aventure n’existe que par l’objectif qui la caractérise. Aucun de nous ne se lancerais dans une telle épopée par pur plaisir sur un vélo, et surtout pas moi.
Cependant, quel satisfaction de tenter de créer une dynamique autour d’un tel projet. Les premiers bénéficiaires n’ont pas la chance qui est la notre de monter sur un vélo et de voir et vivre ce que cette semaine a été pour nous. Si nos petites souffrances engendrent un peu de bonheur et de mieux vivre, alors notre projet est aussi celui de ceux qui le soutiennent.

« Des bons amis, un bon vélo, les jambes qui tournent sur la terre qui tourne, c’est la vie qui repousse ses limites » Eric Fottorino

 

Album du jour:
Intégrale Bruce Springsteen. Pour la montagne, et puis c’est tout.

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