Étape 4 – Auvillar(82)-St Lary Soulan(65)
180km/2000m+/7h25

 

1907985On se demande toujours à quel moment on va rentrer dans le dur. Je crois que c’est aujourd’hui. L’étape a été extrêmement longue et difficile, mais elle a également été absolument magnifique. Nous sommes arrivés à St Lary-Soulan, tous plutôt heureux d’en finir.
Nous avons quitté Auvillar ce matin sous un beau soleil prémonitoire d’une chaude journée. Les quinze premiers kilomètres en pleine campagne ont été un pur bonheur. Six potes sur des vélos sans autre préoccupation que de lever le nez et de profiter du spectacle. D’entrée quelques cotes bien raides alternées avec des descentes jouissives. Le petit peloton semble transpercer les forêts encore endormies, le vent paresseux n’a pas encore pointé le bout de son nez. Nous roulons, rigolards et groupés, les pédaliers craquant à l’unisson pour attaquer les reliefs. Les odeurs de foin coupé dans la fraîcheur du matin nous rappellent à notre chance d’être là et nulle part ailleurs. Le vélo à quelque chose de poétique dans certaines conditions. Le soleil n’a pas encore donné sa pleine mesure, il fait beau et bon, les organismes sont frais, les esprits ouverts. Rien ne semble pouvoir entamer cet optimisme ambiant.
Mais rien ne dure vraiment c’est bien connu. La succession des dénivelés a tôt fait d’attaquer les organismes. Les parties roulantes se sont enchaînées et les kilomètres usent la mécanique sournoisement et irrémédiablement. Nous sommes au tant redouté quatrième jour, les douleurs deviennent chroniques et la répétition gestuelle du pédalage engendre des traumatismes inédits. Rouler 100km de temps à autre est une chose, mais enchaîner des sorties de plus de 170km tous les jours a des conséquences sur la biomécanique du corps. Les tendons d’Achille sifflent sérieusement chez certains, les genoux chez d’autres dont je fais partie, avec la sensation d’avoir un clou enfoncé au bord de la rotule, la position sur le vélo provoque des douleurs insupportables au niveau des cervicales et des omoplates et j’en sais également quelque chose. Bien entendu je vous épargne les détails sur le célèbre mal de cul, qui n’est pas une légende. Nous voilà donc arrivés à cette phase où chacun est mis en face de son propre rapport à la souffrance et la douleur. Le vélo est l’art de tirer du plaisir d’une contrainte, c’est aussi celui de se confronter à ces propres limites.11257835
La pause du midi a été d’un vrai grand réconfort. Dans l’herbe sèche sur les rives d’un lac à l’ombre des tilleuls. Alex et Gérard sont au petit soin, et ils mesurent ce que nous vivons de terriblement grisant et difficile à la fois. L’après-midi a été très très long. Nous avons quitté le Tarn-et-Garonne pour entrer dans le Gers, le beau temps du matin a laissé s’installer la chaleur. Le vent, à présent bien éveillé ne nous quitte pas et sans doute inquiet d’oublier nos bonnes têtes, il est toujours de face. Christophe et Yann, les vrais seuls cyclistes du groupe sont héroïques, ils ramènent et protègent les âmes en peine. Ils roulent devant face au vent en priant pour que les défaillances ne soient que passagères. Alex veille au peloton, à ses besoins en eau et à son moral. Il nous ouvre également la route. Le groupe est sur le fil.
Mais les mystères de l’endurance et du corps humain sont parfois surprenants. À quarante kilomètres de l’arrivée, le rythme revient doucement, le groupe s’est physiquement ressoudé, les rouleurs ont donné le ton, et le ton est monté. Roues dans roues nous avons roulé encore et encore, fait tourner les jambes encore et encore pour avaler les trente derniers kilomètres de la vallée menant à St Lary. Chaleur pesante, vent, fatigue, mais effort collectif et stimulant.
11390251Cette étape reste marquante car splendide, difficile, longue et usante. Mais nous sommes au pied des Pyrénées et demain aux aurores nous entrons dans la partie montagneuse de notre périple. Les corps sont fatigués et nous courrons après le repos et la régénération aussitôt le pied posé à l’arrivée de l’étape. Les nuits sont courtes et ne suffisent plus pour récupérer. Nous restons soudés comme jamais et chacun va donner son maximum pour franchir les Pyrénées et basculer en Espagne dès demain.
Merci à ceux qui suivent de près ou de loin notre petite odyssée, vos encouragements sont nos moteurs et ce n’est pas qu’une image. Une pensée spéciale pour nos amis de Condenados et des Copains d’Elsa.

« ceux qui ont fait du vélo savent que dans la vie rien n’est jamais vraiment plat » René Fallet

 

Album du jour:
Soulmates never die – Placebo
Et puis c’est tout…

Pièces jointes

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