Denia…

 

1385104_433282753516613_1541532200026841205_nCède vélo, parfaitement dressé à la Montagne et adroit dans le vent. Tempérament fougueux en descente. Un peu charrette en montée mais généreux dans l’adversité. Je donne même de l’argent avec. Il est important que l’on cesse de se parler quelques temps.
Nous avons quitté Valence ce matin très tôt, trop tôt. la nuit a été très courte. Objectif, rejoindre Tarvernes de La Valdigna où nous sommes attendus par nos amis de l’UC Montgo. C’est toujours un moment particulier pour nous de finir cette aventure avec eux. Le soleil est bien là dès l’aurore. Petit vent acceptable. Nous voilà tous les six repartis sur la route, escortés par nos assistants, pour clôturer cette édition 2015. Une cinquantaine de kilomètres, bords de mer. Les jambes sont là, vraisemblablement les vélos reniflent l’écurie et nous savons que la fin de parcours va être animée. Nous traversons des hectares de rizières, patrimoine mythique de la région de Valence. Le soleil à peine levé se reflète sur l’eau nourricière, seuls ou presque sur la route littorale, l’instant est magique. Nous rejoignons l’UC Montgo, club cycliste de Dénia, qui nous attend dans une salle de restaurant. Ils roulent depuis presque deux heures et font la pause ravitaillement. Sandwiches, bières, vin rouge, salades. Sympa de les revoir, ils nous saluent chaleureusement, nous invitent à partager ce petit déjeuner dans une bonne humeur communicative. Nous avons cinquante kilomètres à faire avec eux, qui nous emmèneront aux portes de Dénia. L’édition 2013 nous avait appris qu’il ne fallait jamais se fier aux apparences. Ils sont au minimum quinquagénaires, mais sont tous d’anciens coureurs cyclistes, de très haut niveau pour certains, avec de très beaux restes. Nous sommes prévenus que cette fin d’étape va être un vrai moment de vélo.
Quand le président du club en donne l’ordre, tout le monde se lève comme un seul homme. Une photo souvenir et en route pour l’ultime chevauchée. Ils mènent la danse, quelques hectomètres pour les laisser organiser les choses, deux hommes se mettent devant face au léger vent pour une fois. Les chevaux sont lâchés, et pas question de perdre une seule miette de ce dernier run. Ils faut vite prendre les premières roues et lâcher ce qu’il nous reste dans les cuisses même après notre semaine de fous. C’est animé, vivant, expressif, ils se taquinent, rigolent, sifflent. Le peloton ne passe pas inaperçu. Les quelques novices du groupe sont aux anges, les autres aussi d’ailleurs. À 40km/h, dans un groupe serré, il faut être vigilant, ne pas perdre un seul mètre et donner de son énergie. Quel plaisir, de partager ce moment, de rouler vite, sans aucune autre raison que l’envie de finir sur une bonne note. Les relais s’enchaînent, nous ne sommes pas en reste, Yann et Christophe sont aux avant postes, je suis calé à quelques encablures. Chaque rond point est une occasion pour relancer de plus belle ce serpent qui s’étire et se regroupe. C’est juste un vrai kiff inutile et grisant. Daniel ne laisse pas sa part au chien et relance l’allure. Vincent n’est pas loin. Franck houspille nos deux meneurs qui ne cessent de relancer encore et encore. Tout le monde rigole et roule. Les boss espagnols restent sereins et tranquilles. Après une bonne heure, je sens que je décroche un peu, je perds un mètre puis deux puis dix puis quinze. A cette vitesse c’est un peu la fin. Mais Greg qui suit en voiture vient se caler entre le peloton et moi, je prends l’aspiration de la voiture, à quelques centimètres, jette toutes mes forces dans la bataille, et reviens avec une énergie venue d’ailleurs sur le peloton pour souffler quelques secondes et raccrocher le groupe. Pour rien, juste pour être là avec les autres et profiter encore, je ne suis pas près de remonter sur un vélo alors j’épuise mon quota de vélo-watts. Dénia approche, le rythme tombe enfin, ils nous font passer devant, des motards de la police nous attendent à l’entrée de la ville. Ils prennent la route pour nous ouvrir le chemin, ils nous guident jusqu’à une place proche sur laquelle nous attendent des dizaines et des dizaines d’enfants, de parents qui nous acclament. La pression d’une semaine d’efforts extrêmes tombe d’un seul coup. Nous tombons dans les bras les uns des autres, de Jimmy, Sergio, Pascual et de tant d’autres inconnus. Ils sont aussi heureux que nous fatigués et émus. Les lunettes de soleil sont nos meilleures amies, les yeux sont rougis et embués. Une atmosphère étrange englobe ses retrouvailles. Ce premier rendez-vous est celui des accompagnateurs vélos, tricycles, petites voitures et autres véhicules adaptés qui vont nous suivre en cortège jusqu’au centre ville de Denia où nous sommes attendus. Nous repartons tous pour quelques centaines de mètres et débarquons sur la place centrale. Ce sont des centaines de personnes, les amis d’Angers, ceux de Condenados al Bordillo, Christelle, Elsa et Patrick, très émus également. Nouveau coup de pression pour tout le monde, des photographes plus qu’il n’en faut, une ovation, des embrassades, des accolades, la fatigue laisse l’émotion s’exprimer. C’est juste bien, pour nous bien sur, mais pour tous les gens présents. Nous sommes sur le podium, accueillis par les officiels de la ville, discours, remerciements, nous remettons à Jimmy président de Condenados une chèque équivalent en euros à l’ensemble des kilomètres parcourus cette semaine. Nous passons du temps à échanger avec les amis, les enfants, des inconnus et des curieux. C’est la fin de l’aventure.
Une aventure inoubliable bien entendu pour le petit groupe que nous avons formé. difficile de la partager réellement, elle est en chacun de nous. C’est un effort extrêmement difficile, mais le cerveau humain est bien fait et comme toujours nous ne garderons que ce qui nous a fait vibrer. Un lever de soleil sur les plaines arides espagnoles, un village de montagne endormi sur une crête improbable, un lac turquoise dans un écrin de calcaire et mille autres souvenirs encore. Les rigolades du soir et du matin, les moments intenses sur un vélo qui dévale une pente sans fin. Et puis nous gardons surtout à l’esprit que cette odyssée a été un grand moment partagé. Au départ avec tous nos proches, amis, partenaires et sympathisants. Quelle satisfaction d’avoir initié la rencontre des Copains d’Elsa et de Condenados la Bordillo, de les avoir eu à nos côtés en partant et quelle émotion de les avoir retrouvés à l’arrivée. Un peu de temps perdu à pédaler sur des petites montures sans moteur c’est bien du bonheur gagné pour et avec ceux qui ont cru en ce projet, de près ou de loin.
Merci pour votre stimulante assiduité.

 

« La bicyclette à cette particularité de n’être jamais suffisamment rapide pour que son passager en oublie de regarder le monde et le temps qui passe » dm

Album du jour:
-musique électronique et lancinante, mais pas en vélo, c’est pour la soirée qui vient.

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